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Potosi - San Pedro

mardi 31 mai 2011, par ATW

Sans transition… nous arrivons à Potosi, en pleine soirée et nous trouvons un alojamiento à 20 bolos (2 euros) ou nous passons la nuit accompagnés de notre gringo de voyage du moment… Olivier.

Le climat hostile, froid et sec qui règne sur la plus haute ville du monde nous pousse au lit plus tôt que prévu. Heureusement, ATW est équipé en duvet, plume de canard sauvage -15 degrés, qu’on commence à apprécier en ces températures proches de 0. Le lendemain, réchauffés, nous partons à la découverte de la ville avec pour objectif de visiter les mines, principales attractions historique de la région. Après une brève étude de marché, nous réservons un tour pour le lendemain. Cette formalité accomplie, nous partons à la visite de la casa de la moneda, soit le musée de fabrication de la monnaie issue de l’extraction du minerai… un vrai cours d’histoire et d’économie appliquée.

Potosi est une ville de 145.000 habitants. C’est une cité coloniale établie à 4.090 m d’altitude, ce qui en fait la ville de plus de 100.000 habitants la plus haute du monde, même Lhassa est battue. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, elle est reconnue comme l’une des plus belles villes d’Amérique du sud. La richesse faisait partie de son quotidien, où les mineurs eux-mêmes pouvaient faire fortune.

La raison d’être de Potosi, c’est la montagne Sumac Orcko qui surplombe la ville. En quechua, son nom signifie "la plus belle montagne". Découverte dans les premières années du 16ème siècle, la montagne se révéla être une mine si fabuleuse que Charles Quint éleva Potosi au rang de ville impériale (le seule en Amérique latine à posséder cette distinction). La mine fut exploitée pendant 3 siècles par les espagnols, il y eu jusqu’à 10.000 galeries et plusieurs milliers d’entrées. Au milieu du 17ème, la ville était aussi importante que Paris et Londres.

Les historiens sont formels sur un point : le flux d’argent des mines de Potosi vers l’Europe fut une condition sine qua none du développement du capitalisme. Les bénéficiaires furent les pays du nord de l’Europe, la France entre autres, grâce à une injection de liquidités sur le marché de l’équivalent de 50 milliards de dollars entre le 16ème et le 19ème siècle. Ce qui équivaut largement a plusieurs plans Marshall pour l’époque.

Revers de la médaille, l’exploitation de la mine a entrainé le « génocide » de 6 millions d’indiens Aymaras, Quechuas ainsi que de noirs venus d’Afrique. Ils mouraient d’épuisement ou d’intoxication au mercure qui servait au traitement de l’argent. Au 19ème siècle, les filons d’argent commencèrent à s’épuiser et Potosi tomba rapidement en décadence. L’exploitation des gisements aujourd’hui n’est plus rentable. Le cout de l’extraction de l’étain reviendrait à 2 ou 3 fois le court mondial.

C’est donc déguisés en mineurs avec tout l’attirail (casques, lanternes, botte-pantalon) que nous nous engouffrons dans les entrailles du monstre. On progresse plus ou moins facilement dans les galeries (il y en a plusieurs milliers de kilomètres au total), on doit se coller aux parois de temps à autres pour laisser passer les wagons chargés de blocs de minerais fonçant à tout allure sur les rails poussés par les mineurs.

Par contre, c’est une autre histoire quand il s’agit de pousser les wagons en montée, car ceux-ci pèsent très lourd, même à vide. Parfois, on donne un petit coup de main ici et là … Ou alors, on fait 2 ou 3 cadeaux (coca, cigarettes, jus de fruit, voir alcool a 96 degrés et bâtons de dynamite) afin qu’ils supportent un peu mieux leurs rudes conditions de travail.

Les mineurs progressent de 0,50 m par semaine lorsqu’ils ne possèdent pas de marteau piqueur (ce qui est le cas la plupart du temps). Ils travaillent souvent torse nus à cause de la chaleur (jusqu’à 35 degrés)… dans certaines galeries, la température descend proche de zéro. Explications… la montagne est comme un volcan, avec une forte amplitude thermique. Les conditions sont vraiment dures, on respire mal (poussières, présence d’amiante, de salpêtre et de carbure de calcium entre autres…), on ne voit pas bien toujours où l’on va et certaines galeries sont vraiment étroites… parfois même, on est obligé de ramper... Déconseillé aux claustrophobes !

Le mineur travaille pour lui-même, il n’appartient à aucune coopérative et gagne une misère, en moyenne 100 a 150 bolivianos par jour, soit 10 à 15 euros. Les mineurs travaillent souvent depuis l’âge de 15 ans et la durée de vie est de 45 ans… peu atteignent la retraite. Nombreux sont ceux qui meurent de silicose ou d’accidents dus aux explosions…

Le contexte actuel pour les mineurs est plutôt rude comme leur avenir est plutôt sombre. En effet, depuis 5 ans et l’élection d’Evo Morales (en 2006), leurs conditions de vie ne se sont toujours pas améliorées. Au contraire, elles se sont fortement détériorées : leurs impôts ont augmenté de 50% tout comme les biens de première nécessité. Mécontents, les 15.000 mineurs pourraient marcher sur La Paz pour se protester. Certains même pourraient avoir recours à des actes terroristes pour se faire entendre. N’oublions pas qu’ils possèdent plusieurs tonnes de dynamites… notre guide nous a même parler d’un possible coup d’état… c’est du germinal moderne !!! Pour conclure, c’est une expérience un peu spéciale pour le touriste mais qui a le mérite de lui rappeler la dure réalité des conditions de travail dans certaines régions du monde.

Comme les mineurs c’est à Potosi que nous avons commencé à mâchouiller nos premières feuilles de coca… il faut s’arrêter un moment sur cette feuille qui constitue un phénomène culturel à part dans ce pays.

La consommation de Coca en Bolivie est très répandue même si le pays ne produit que 30% des feuilles cultivées dans le monde (le Pérou assurant possède à lui seul 60% de la production mondiale). Au Pérou comme en Bolivie, seule la feuille est tolérée. On l’utilise pour lutter contre le mal de l’altitude et la fatigue (dans les mines bien sûr, mais aussi au volant ou en trek), en prenant une cinquantaine de feuilles que l’on place dans la bouche, toutes du même coté (cette pratique s’appelle l’acullico). On ne les mâche pas mais on les laisse macérer doucement, pour en extraire le jus petit à petit. On la trouve également partout sous forme d’infusion : le mate de coca (parfais au petit-déjeuner avant une longue journée de marche, par exemple). La coca est aussi utilisée dans d’autres produits, comme le fameux vin de Mariani, made in France, et qui, pour la petite histoire, a inspiré un certain pharmacien d’Atlanta, John Pemberton, le père du Coca Cola…

Mais comme chacun sait, la coca possède aussi d’autres attributs…

A la fin des années 90, des commandos antidrogues sont envoyés par les Etats-Unis. Dans une large mesure, le succès des programmes d’éradication de la coca en Bolivie s’explique par la destruction du pont aérien qui, jusque la avait permis aux trafiquants colombiens de transporter la pate de coca, produite dans ces 2 pays, vers la Colombie, où elle était raffinée en cocaïne avant d’être exportée vers les Etats-Unis. Pour essayer d’enrayer cette montée en puissance, les Etats-Unis et les gouvernements boliviens successifs créent le « desarollo alternativo », un développement alternatif très optimiste, fondé sur la culture de produits destinés à l’exportation (ananas, café, banane). Un échec cuisant, à peine 10% de cet argent aurait été vraiment investi dans des projets sérieux, alors que la coca et le trafic de drogue représentent au plus bas mot quelque 650 millions de dollars par an pour l’économie bolivienne.

C’est donc avec quelques feuilles de coca en poche que nous quittons Potosi et ses mines pour Uyuni et son célèbre désert de sel… l’envie de retrouver la nature est encore plus forte après notre passage sous terre. Mais le village d’Uyuni à un prix, il faut d’abord traverser du désert, du désert et encore du désert… Kris, sait bien de quoi on parle car il y a 8 ans il l’avait fait dans l’autre sens en 10 heures de trajet… aujourd’hui il faut moitié moins de temps. Les infrastructures routières s’améliorent petit à petit.

Arrivés à bon port, nous trouvons un logement pour la nuit à 25 bolivianos et… il fait super froid !!! Ça gèle, la nuit, dans les tuyaux (-10, -15 degrés)… On vous laisse imaginer la douche le lendemain, on avait l’habitude de la prendre froide ou tiède mais là… Peu importe, nous sommes enfin tout proche du Salar, depuis le temps que on attendait ce moment ! Nous partons donc, tout guilleret, pour 3 jours de virée en 4x4 avec notre chauffeur, Olivier et un couple franco-colombien.

- Première journée :

Pique-nique et séance photos « artistique » sur le Salar, puis nous passons l’après-midi et la nuit à Vila Alota avec toute la troupe.

Le Salar, désert de sel pour les non hispanophones, est une étendue de sel, vestige d’un lac d’eau de mer asséché. Sa formation remonte à 40.000 ans, quand l’étendue d’eau salée était une partie du Lago Minchin, un lac préhistorique géant. En s’asséchant, il laissa derrière lui deux petits lacs encore visibles, le Lago Poopó et le Lago Uru Uru et deux grands déserts de sel, le Salar de Coipasa et le gigantesque Salar de Uyuni.

Il est situé à 3.658 mètres d’altitude. Avec une superficie de 12.500 km2, il constitue le plus vaste désert de sel du monde et représente un tiers des réserves de lithium exploitables de la planète (composant essentiel des batteries électriques). Du coup, il attire l’attention de plusieurs multinationales, ainsi que du gouvernement.

Le sel est exploité, mais la production annuelle d’environ 25.000 tonnes ne risque pas d’épuiser les 10 milliards de tonnes estimées du gisement. Pendant l’été austral, de décembre à mars, le salar d’Uyuni peut être inondé pendant quelques semaines. L’épaisseur de l’eau dépasse rarement les 10 à 15 centimètres… ce qui en fait un gigantesque miroir.

- deuxième jour :

Valle de las Rocas et ballade en 4x4 dans le désert jusqu’aux lagunes de sel pour un nouveau pique-nique et coucher de soleil sur la Laguna Colorada. Un petit moment de bonheur, mais frisquet. Petit chandail obligatoire comme diraient les anciens. Un bon plat de pâtes et au lit. Nuit (glacée) sur place.

- troisième jour :

Levés 5 heures pour aller voir des geysers et se baigner dans des bains thermaux naturels à 40 degrés. Petit crochet à la Laguna Verde et passage de la frontière avec le Chili (le 12ème pays). Petite taxe de 15 bolivianos dans la poche de ses corrompus de douaniers et on se dirige tranquillement vers San Pedro de Atacama. On redescend en altitude et on récupère le cocktail soleil / chaleur qui nous avaient fait défaut depuis Cochabamba.

Nous débarquons sur San Pedro de Atacama à l’Hotel Cabur, 10 euros, les prix ont crevé le plafond et la différence entre la Bolivie (pays le moins développé d’Amérique du sud) et le Chili (un des plus cher), se fait clairement sentir. Du coup, nous nous remettons à la popote... La décision de quitter San Pedro et le Chili est prise à l’unanimité, mais pas avant d’avoir exploré les lieux et notamment le fameux désert d’Atacama…

L’arrivée au Chili est un véritable retour à la civilisation… nous retrouvons beaucoup de petites choses du confort quotidien comme 2 robinets dans une douche ou encore du PQ dans les toilettes et un miroir au dessus du lavabo. On se croirait au Ritz Carlton !!! Le lendemain, petite promenade de santé au cerro du coin (point culminant) pour un pique-nique avec vue sur San Pedro, la valle de la Muerte et en prime la chaine de montagnes boliviennes. L’après-midi, nous faisons nos adieux à Olivier qui repart au Pérou pour la suite de son voyage… Ciao l’artiste !!! Puis nous partons explorer la Valle de la Luna, où nous réutilisons la carte vitale pour obtenir une réduction à l’entrée du parc… cette fois-ci, les français nous accompagnant n’ont pas hésité à le faire aussi. Nous assistons probablement à l’un de nos plus beaux couchers de soleil dans le désert et nous retournons au village le soir pour refaire le monde au coin du feu.

Après 3 heures de sommeil, nous sautons dans un bus pour le graaal d’Amérique du Sud… l’Argentine !!!

12 petites heures de bus pour rejoindre Salta…..

13 Messages de forum

  • Potosi - San Pedro Le 7 juillet 2011 à 23:25 , par Oliv

    Hola chicos,

    Ce "petit bout de tour du monde" avec vous aura été bien sympa ! Désormais rentré au bercail, je suis vos péripéties d’ici... avec un peu d’envie...

    Hasta luego, que les vaya bien !

    Oliv

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  • Potosi - San Pedro Le 21 juin 2011 à 23:22 , par arno

    ola les amis, je crois que je n’ai plus besion de vous demander si ca va pour vous, j’ai juste a regarder les tof... en tt cas je crois que c l’un de vos plus récit, j’ai adoré votre expédition dans les mines, ça m’a ramené sur terre après avoir vu vos photos. c dans c cas la, kon se dit que nous avons une certaine chance... é que dire des effets spéciaux au pays de salar même spielberg n’a pas les même moyens...
    d besos amigos
    arno

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  • Potosi - San Pedro Le 21 juin 2011 à 17:15 , par preciosa y el bandito

    Buenos días los aventureros,
    Esperamos que esta escapada en Argentina se celebre bien. Esperamos con prisa la llegada a Brasil. Un anuncio : Me prometo a Victorcito ! Deseamos compartir esta felicidad con usted.

    muchos besos y abrazos

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  • Potosi - San Pedro Le 21 juin 2011 à 03:48 , par TOTO

    Direction le SUD, toujours plus au SUD !
    Vous avez pensé faire un tour du monde en passant par les deux pôles ? Je vous taquine, on attends du nouveau sur Buenos Aires et les progrès en Tango de nos deux routards.

    un milliard de bravos et pleins de bises.

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  • Potosi - San Pedro Le 11 juin 2011 à 18:00 , par Victor Houz

    Toujours de beaux articles de qualité.
    Vous avez vraiment de la chance et vous nous donnez de belles idées de voyages pour le futur !
    Bonne chance pour la découverte du graal de l’Amérique du Sud.

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  • Potosi - San Pedro Le 8 juin 2011 à 18:46

    Regarder vos photos et lire vos articles après une journée de boulot, ca ne motive pas pour y retourner le lendemain...ca donne envie de voyager. Profitez bien, des gros bisous de nous deux. Claire et Mumu

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    • Potosi - San Pedro Le 9 juin 2011 à 01:55 , par Djé

      Courage travailleurs, travailleuses... les vacances ne sont plus très loin... Il y a des promos sur les treks en Bolivie si ça vous tente :)
      Abrazos et besos a los dos

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  • Potosi - San Pedro Le 6 juin 2011 à 19:57 , par barbara

    Très bon article, très intéressant et les photos sont sublimes... C’est terrible ce que ça donne envie de voyager... Profitez bien ! Je vous embrasse bien fort !

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    • Potosi - San Pedro Le 7 juin 2011 à 18:33 , par Kris

      Hey Mariposa, todo bien ??
      Ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que nos récits vous plaisent...
      Envoyez nous des photos de votre nouveau chez-vous !!!!
      Biz a vous 2 !

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  • Potosi - San Pedro Le 5 juin 2011 à 21:44

    On est soufflés par les photos et les récits :ça renverse . Vous avez capturé des "mirages" !
    Bravo à vous et à vos compagnons de rencontre !
    Carte vitale toujours à jour ! tant que vous ne creusez pas le trou de la sécu et que vous portez les couleurs de la France en Amérique du sud rien à redire !
    LiliLT

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  • Potosi - San Pedro Le 3 juin 2011 à 20:19 , par coco

    ATW dans le désert de sel : vous vendez du rêve ! Continuez les gars on est de tout coeur avec vous !
    Bises.

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    • Potosi - San Pedro Le 7 juin 2011 à 18:42 , par Kris

      ATW traverse les frontières jusqu’au Maroc, on s’en félicite !!!
      Gros bisous a vous 2 et a toute la famille...
      A bientôt !

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  • Potosi - San Pedro Le 3 juin 2011 à 15:52 , par Chounette

    Bonjour

    Article de mieux en mieux écrit et photos de plus en plus sublimes !!
    Vous aurez vraiment des souvenirs inoubliables.
    Mille BRAVOS §
    Biz à vous 2

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