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lundi 5 septembre 2011, par ,
Après deux mois et demi de voyage en Argentine entrecoupés de séjours consécutifs sur Buenos Aires, nous pouvons dire que nous avons vraiment pris nos marques au pays du foot et de l’asado et tout spécialement dans la capitale portenienne… mais cette ville, si attirante soit elle, est dangereuse… elle nous coûte relativement cher.
D’un autre côté, s’installer un temps dans une grande ville d’Amérique latine et tenter l’immersion totale était un peu notre objectif de départ après 6 mois de voyage… mais au bout d’un moment, il faut quitter son confort et repartir vers de nouvelles aventures. Nous avons des fourmis dans les jambes… Avant de changer de continent, nous avons une dernière mission à remplir : Partir à la découverte du grand sud argentin.

L’idée est de descendre au moins jusqu’à El Calafate en dépensant le moins possible… plus facile à dire qu’à faire. On est en plein hiver, il va faire très froid et la Patagonie est immense. Elle s’étend sur plus de 1.100.000 km2… elle est donc un peu plus grande que la France et on y compte moins d’un habitant au kilomètre carré ! C’est le désert en quelque sorte… La plus grande partie du territoire appartient à l’Argentine et le reste est au Chili. La Patagonie abrite des paysages contrastés de montagnes, de glaciers, de pampa, de forêts, de littoraux, d’îles et d’archipels. Elle abrite aussi certaines personnalités publiques comme Sylvester Stallone, Ted Turner (le patron de la CNN) ou encore notre Florent Pagny national qui lui s’est laissé envoûter par la beauté par la région et surtout par la beauté de ses courbes ;)
Pour se rendre en Patagonie australe, il va falloir traverser plus de 3.000 km de PAMPA… Pour nos lecteurs amateurs de langue Quechua, pampa signifie "champ plat". Ces "champs" occupent près de 20% du territoire argentin soit 650.000 Km2. Il faut donc imaginer un paysage plat mais sec et sans arbres, un peu comme la steppe où les rafles de vent atteignent facilement 150km/h. Un peu hostile tout de même comme milieu, surtout en hiver… Il faut être un peu maso ou alors gaucho pour venir vivre ici…
Justement, les habitants les plus caractéristiques de cette région sont les gauchos. Apparus à la fin du 18ème siècle, ils sont le symbole de l’homme libre, c’est-à-dire qu’ils vivent de manière très indépendante sur des terres immensément vastes. Les gauchos vivent de l’élevage du bétail et sont de véritables cowboys à cheval avec chiens, couteau et lasso dans un style sud américain. A l’origine, les gauchos sont des métisses hispano indiens rejetés par la société venus s’installer sur ce territoire.

Il va donc falloir traverser ce vaste territoire monotone sur plus de 3.000 kilomètres pour rejoindre le grand Perito Moreno, l’objectif ultime de notre trip en Amérique du sud. Nous allons essayer de voyager de la manière la plus économique possible. Au départ, nous prendrons donc un bus jusqu’à Puerto Madryn, première étape de notre voyage en Patagonie. Et par la suite, nous essayerons de continuer en en stop, le plus loin possible.
Puerto Madryn est une ville de la province de Chubut, qui se trouve au bord de l’océan Atlantique, à 1.500 km au sud-ouest de Buenos Aires. Sa population s’élevait à 72.000 habitants en 2009, ce qui en fait une des principales villes de la région. Elle est considérée comme la porte d’entrée de la péninsule Valdés, réserve naturelle, déclarée en 1999 patrimoine mondial par l’UNESCO.
Nos fans de langue quechua vont sûrement être déçus, son nom vient du gallois car elle a été fondée en 1865 par Jones Parry de Madryn… un Sir gallois.

Nous retiendrons surtout une agréable station de vacances avec promenade en bord de mer et magasins de souvenirs au bord d’une péninsule qui regorge d’une faune impressionnante. La péninsule Valdès accueille un nombre impressionnant d’animaux. Des guanacos, vizcachas, (sorte de lapins-écureuils), Nandus (genre d’autruches), chevaux sauvages, moutons (les pulls Benetton sur pates)… et aussi des baleines. Nous sommes surtout venus pour voir ces dernières. La période de juillet à décembre est la plus propice. On en compte environ 800 et leur nombre augmente chaque année. Elles viennent ici pour mettre bas et élever leurs baleineaux. Les scientifiques n’expliquent pas un tel rassemblement. C’est hallucinant de voir ces mastodontes des mers se gratter le ventre à quelques dizaines de mètres de la plage sur le sable.

Des agences touristiques proposent de les approcher de très prêt en bateau. En ce qui nous concerne, nous les avons observées depuis la plage (trop de vent pour prendre un bateau ce jour là), mais suffisamment longtemps pour graver ce fabuleux spectacle dans nos têtes. Il peut être tentant d’aller nager en compagnie de cet animal pour celui qui ne craint pas l’eau froide… mais nous déconseillons fortement ce genre d’entreprise.
Primero : parce que, l’animal pèse plusieurs tonnes et vous assommerait d’un simple coup de queue ou vous confondrait avec du plancton.
Segundo : parce que des vilains-méchants orques rodent à la recherche de chair fraiche. En principe ils s’attaquent aux baleineaux mais vous feriez aussi un très bon casse-croute…
Pour clore cette page 30 millions d’amis, signalons tout de même que nous n’aurons vu ni les manchots, ni les pingouins qui eux n’arrivent qu’à la fin de l’hiver, ils ont été plus malins que nous sur ce coup là.
Nous ne resterons que 2 jours à Puerto Madryn, le temps nécessaire selon nous pour explorer cette péninsule et pour parcourir les 400 kilomètres nécessaires à la visite de ce vivarium-aquarium géant.

Le samedi matin nous reprenons la route avec l’objectif de faire Puerto Madryn - El Calafate qui se trouve 2.500 km plus au sud… mais en levant le pouce et en prenant notre temps. Nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre. Nous avons entendu dire que faire du stop en Argentine était chose possible. D’autres routards l’ont tenté sur le même voyage que nous et l’ont réussi… mais c’était en plein été, et nous sommes, rappelons le, en plein hiver. De plus comme nous l’avons dis plus haut, la Patagonie c’est grand et très venteux… Les conditions météo ne sont pas idéales mais le challenge en vaut la chandelle.
Installés dans une station service avec un panneau « Rio Gallego », nous arrêtons tous les camions et le plus de voitures possibles. Rio Gallego est la ville la plus importante du sud de la Patagonie argentine, elle est située à environ 5 heures d’El Calafate… C’est un carrefour stratégique sur la route des camions qui transitent entre Punta Arenas, au Chili et Buenos Aires. Cette route c’est la fameuse Ruta 3 !!

Cet axe bien que moins touristique est aussi connu que la Ruta 40 qui, elle, descend toute la cordillère des Andes, en Argentine. La Ruta 3, en parallèle, longe la côte atlantique… A deux, elles forment les colonnes vertébrales du pays. Bref, ATW a dedo !! (« ATW fais du stop »)... la dernière fois c’était en Equateur et la chance nous avait souri rapidement. Ici, c’est après 4-5 heures d’attente qu’une voiture s’arrête enfin avec à son bord … le pasteur Patricio, pas encore la quarantaine et sans sa soutane. Il roule dans sa Renault Sandero flambante neuve et se propose de nous emmener. Il arrive de Bahia Blanca et se rend à Caleta Olivia (une ville proche de Comodo Rivadavia, un port pétrolier) pour rendre visite à sa famille. C’est parti, on avale les kilomètres de pampa à toute allure sur la Ruta 3, où il n’y a pas vraiment grand monde, à part les camions. Visiblement, le bonhomme est assez fatigué, il roule depuis un moment et la route est assez monotone. On lui sert donc maté sur maté pour qu’il tienne le coup. Jérôme parle avec lui de religion quand Kris, lui, le relai au volant sur les trois-quarts du trajet. Quand il ne nous prêche la bonne parole le pasteur aime parler de politique et de sport. Derrière le pasteur Patricio se cache aussi un vrai fan de foot et un supporter de Boca Juniors. Il est tellement fatigué qu’il finit par s’endormir.
Buena onda le voyage en stop… enfin pour le moment car la chance va bientôt tourner… au bout de 500 km, nous arrivons enfin à Caleta Olivia et nous nous séparons de notre pasteur dans une station service à l’entrée de la ville…. Il est 20 heures et nous sommes toujours sur la Ruta 3, nous n’avons pas voulu dévier de notre itinéraire et avons demandé à notre ami pasteur de nous déposer précisément ici.
Après s’être restaurés un peu, nous recommençons à arrêter les camions. Mais ce n’est pas vraiment gagné. Vers 21-22h heure, la plupart des routiers s’arrêtent pour se reposer, se restaurer ou dormir pour reprendre la route au petit matin. On refuse toujours poliment de nous prendre en stop, les raisons principales invoquées sont liées aux assurances. En cas d’accident ou de braquage, qui est responsable… Le conducteur ne prendra le risque de nous laisser monter, son entreprise le lui interdit. De plus en plus de camions sont équipés de cameras embarquées, voir même de micros… ça parait bien trop compliquer dans ces conditions. Nous sommes tout de même à deux doigts de monter dans un camion chilien qui ne pouvait prendre qu’une personne.

Nous passons donc la nuit dans la station service et finissons par nous endormir sur les tables. Nous nous réveillons aux aurores, il faut reprendre le travail. Le hic c’est que nous sommes un dimanche et que c’est jour d’élection en Argentine, plus précisément c’est le premier tour de la présidentielle. Du coup, les argentins vont voter en masse… mais seulement pour voter et non pour effectuer de longs trajets et prendre les auto-stoppeurs. L’attente commence à être longue, 18 heures de station service, ça endurcit… mais ce n’est pas non plus très encourageant. Nous finissons par demander à une voiture de nous déposer à la gare routière. Nous finirons donc ce voyage vers le sud comme il avait débuté… en bus.
Le bus pour El Calafate, notre point d’arrivée, nous prend 4 heures de trajet et 100 pesos (17 euros), grâce au stop nous aurons économisé quelques centaines de pesos chacun… Pas si mal !!!
Nous débarquons à El Calafate en fin de journée à l’hôtel America del Sur. Ici, le staff et les lieux sont très accueillants… il faut dire que nous commençons à renifler les bonnes auberges de loin et il faut avouer, nous avons souvent eu de la chance sur nos choix.

Avant que le soleil ne se couche, nous descendons faire un rapide tour en ville. Chris reconnait les lieux pour y être venu en 2003 mais en l’espace de 8 ans on dirait que cela a bien changé… Le village d’antan est désormais une ville avec des infrastructures modernes, des bars, de nombreux restaurants et même un casino flambant neuf. El Calafate profite à fond du tourisme et presque toute l’année. Elle est également appuyée par la famille Kirchner. L’ex-président argentin Néstor Kirchner est mort à El Calafate, le 27 octobre 2010 où la famille possède une estancia. La réputation de cet ancien petit village de pionniers n’est plus à faire. De 5.000 habitants en 2000, El Calafate est passé à 20.000 habitants en 10 ans… et devrait approcher bientôt les 50.000 pour les prochaines années. Les spécialités gastronomiques du coin sont le cordero à la parilla (les gauchos ont une façon particulière de cuisiner l’agneau grillé) et les chocolats que nous goutons… en mode dégustation gratuite. Honnêtement ça vaut largement le chocolat de nos amis suisses !
Petit détail amusant à savoir aussi… le sud de la Patagonie est situé pile poil en dessous du trou de la couche d’ozone. L’amincissement de la couche protectrice augmente l’effet des rayons UV. Heureusement, le climat de la région fait que l’on sort couvert de la tête au pied… par conséquent nous éviterons les brûlures.
La vue de notre hôtel donne sur le Lago Argentino et sur les montagnes enneigées. Demain, c’est le graal, nous verrons enfin le Perito. A cet instant, nous sommes à l’endroit le plus au sud de notre voyage. Franchement, il y a pire comme on dit…
Le lendemain, nous atteignons enfin notre but. La visite commence sous le soleil par une ballade en bateau (pas obligatoire et pas forcément nécessaire au final) pour approcher le glacier sur son flanc gauche. La température ambiante est en dessous de zéro. De bonnes conditions australes comme on les aime… ATW al gran frio !!!

Dans l’après-midi, nous changeons d’angle pour le reste de la journée. Nous nous rendons sur des passerelles en face du glacier. Le Perito c’est un monstre de glace de 15 km de long sur 5 km de large. Il atteint 60 mètres de hauteur au dessus du lac. Sa superficie est l’équivalent d’une ville comme Buenos Aires, soit trois fois Paris. Le Perito Moreno en impose dès le premier coup d’œil… C’est le glacier le plus vivant du monde, il récupère en glace à 2.000 mètres d’altitude ce qu’il éjecte dans sa partie basse. En fonction des périodes, il peut avancer jusqu’à 2 mètres par jour.
Du coup, il craque de toute part, notamment quand il lâche d’énormes blocs de glace qui en tombant avec fracas provoque de minis raz de marrée… Il faut être attentif et ne pas le lâcher une seconde des yeux pour voir ce phénomène naturel qui n’arrive pas toutes les deux minutes non plus. En hiver, ce phénomène est moins régulier qu’en été, période où les températures plus élevées favorisent la fonte des glaces. CQFD !
Quand il atteint la rive opposée, il divise le lac en deux créant des digues naturelles Les eaux montent alors (jusqu’à trente mètres) et commencent à éroder le glacier qui devient moins résistant et cède sous la pression. Cet effondrement spectaculaire du front du glacier a lieu périodiquement, mais la fréquence de ce cycle est irrégulière et peut prendre d’un an à une décennie.
En fonction de l’orientation du soleil et des sédiments présents sur le glacier, on peu admirer des pains de glace de couleur turquoise… Tout simplement magnifique. Il ne manque que le Ricard pour accompagner toute cette glace ! On pourrait passer des heures à observer ses mouvements. Il est même très rare de pouvoir admirer ce type de glacier de si près et à si basse altitude. Dans l’hémisphère nord (Alaska, Norvège, Islande), il faudrait monter à plus de 3.000 mètres pour observer un tel phénomène.

L’avantage en cette période hivernale est que nous sommes quasiment les seuls touristes sur le site. On profite donc du silence. On a l’impression d’être en antarctique et un peu aussi au bout du monde. Retour en bus et… en retard… ATW voyage sans montre et n’a pas vu l’heure passer devant un tel spectacle. Le bus n’était pas très content... On se fait déposer sur le trajet du retour un peu avant le village pour se dégourdir un peu les jambes le long du Lago Argentino qui borde El Calafate. Le soir, au repas c’est steak de 500 grammes, purée et « vino en carton » (moins d’un euro le litre). Ensuite, nous passons au salon pour échanger nos expériences avec les routards du coin et enfin c’est direct au lit, bien crevé.
Lendemain, levé 7 heures direction El Chalten, la plus grande zone de trekking du pays et une des plus belles de Patagonie. Le village est aux pieds du Fitz Roy (3.441 m) et du Cerro Torre (3.138 m)… 2 pics qui représentent un véritable défi pour les alpinistes. Cocorico, le Fitz Roy a été vaincu pour la première fois en 1952 par un français, Lionel Terray.

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas l’intention d’imiter nos illustres aïeux, ce sera donc beaucoup plus « soft »… d’autant plus qu’il a beaucoup neigé ces derniers temps. Du fait, beaucoup de chemins de randonnées sont impraticables aux randonneurs… à moins d’être équipé de raquettes car à certains endroits on s’enfonce dans la neige jusqu’à la taille. Ne possédant pas l’équipement adéquat et n’ayant pas l’argent pour le louer nous optons donc pour une rando facile et surtout praticable. La ballade s’appelle le Chorillo del Salto. En théorie, il faut marcher deux fois 3.5 km et à mis parcours il y a une cascade à débusquer. Mais en pratique, ca ne s’est pas vraiment dérouler comme sur le papier…
Nous partons le nez au vent pour admirer ces paysages somptueux de montagnes enneigées, de lagunes gelées et de pics acérés sans trop nous rendre compte du temps et des kilomètres parcourus. Nous faisons même la rencontre d’une colonie de pivert, quelle drôle de bestiole… ATW into the Wild !!!
C’est au bout de 8 km qu’un pick-up qui passait dans le coin nous explique que nous avons dépassé les cascades depuis belle lurette et qu’il nous faut revenir 5 km sur nos pas… Nous finissons, comme à l’accoutumée, dans le cul du pick-up, qui nous dépose à l’entrée des cascades. Fin de la visite après 4 heures de marche en ayant finalement vu la cascade à moitié gelée, pas mal… Puis droit au bus et retour dans les temps à El Calafate (3h et demie de trajet). La route du retour est jolie, le soleil se couche sur la montagne que ne nous ne sommes pas près de revoir donc nous en profitons.

Le lendemain nous retournons sur Rio Gallego. Ainsi s’achève le trip ATW le long de la cordillère des Andes.
Nous aurons descendu toute la cordillère depuis la Colombie jusqu’en Patagonie sur plusieurs milliers de kilomètres, un trip que l’on n’est pas près d’oublier.
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