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Un Techo para mi País - Chaco

mercredi 24 août 2011, par ATW

Après notre court séjour en Uruguay, le compteur d’ATW affiche 6 mois de voyage, plus de 30.000 km parcourus et déjà 14 pays traversés… Que de bons moments passés sur les routes en compagnie de travellers du monde entier et quelle belle découverte de la culture latino américaine. En ce moment nous pensons bien évidemment à nos amis et familles respectives.

En 6 mois nous avons pu voir les richesses de ce continent mais aussi l’extrême pauvreté qui touche les populations latinos rencontrés pendant ce voyage. Il était temps pour nous de se retrousser les manches et de se mettre au travail pour les autres.

Il y a déjà deux mois de ça, nous avons fait la rencontre de Lucas, un français qui travaille à Buenos aires. Nous avons vite sympathisé avec lui et partagé nos expériences de voyage. Lucas a travaillé comme bénévole pour une association chilienne qui aide les plus démunis. Son nom : UN TECHO PARA MI PAIS (« un toit pour mon pays »).

Cette association créée en 1997 a pour objectif de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations marginalisées par l’accès à l’éducation, à la santé et au microcrédit. Elle œuvre notamment dans le domaine du logement d’urgence. Par exemple, en 2010, au Chili, plusieurs milliers de maisons ont été construites suite au tremblement de terre (8,8 sur l’échelle de Richter) qui a ravagé la province de Santiago du Chili. L’association est présente dans 19 autres pays d’Amérique latine dont l’Argentine et dans les Caraïbes. Depuis 2005, cette ONG est appuyée par le Fond Multilateral d’Investissement de la Banque Interamericaine de Developpement.

L’expérience de Lucas nous a tout de suite convaincu et quelques semaines plus tard nous avons décidé de nous inscrire dans le programme Hiver 2011 (22 juillet au 31 juillet) avec lui et deux autres amis rencontrés sur Buenos Aires.

Le programme Hiver 2011 a une portée nationale en Argentine, il regroupe quelques 1.100 volontaires venus de Buenos Aires, du centre de l’Argentine et du Chili pour construire dans les provinces de Santiago del Estero, Chaco et Entre Ríos.

Au total, 287 habitations doivent être normalement achevées. Pour impliquer les familles dans ce projet, il leur est demandé de payer 10% du prix de la maison, ce qui représente un grand effort financier (6.000 pesos, soit 100 euros). Pour nous, la mission se déroulera dans la province de Chaco. Elle mobilise des jeunes volontaires de plusieurs grandes villes du pays comme Salta, Cordoba et Buenos Aires…

Nous savons donc que nous partons 10 jours pour construire des maisons d’urgence afin de venir en aide a des familles pauvres du nord du pays, près de la frontière paraguayenne. L’association nous prend totalement en charge pour une vingtaine de pesos par jour tout compris (soit environ 3 euros).

VOICI COMMENT S’EST DÉROULÉE CETTE MISSION...

Le 22 juillet au soir nous avons rendez vous Plaza San Martin, dans le centre de Buenos Aires, pour rejoindre une centaine de volontaires en grande majorité argentins (même si on trouve aussi des français, un catalan, une allemande et un cubain). Beaucoup sont de jeunes étudiants qui prennent sur leur temps de vacances pour participer à cette mission. La plupart ont déjà travaillé au moins une fois pour l’association. Nous partons donc avec un petit sac sur le dos accompagnés d’un ami brésilien, d’un colombien et de Lucas pour une quinzaine d’heures de bus… destination Chaco.

La province du Chaco est une subdivision de l’Argentine située au nord du pays. Elle est bordée à l’ouest par les provinces de Salta et de Santiago del Estero, au sud par celle de Santa Fe, au sud-est par celle de Corrientes et par le Paraguay et à l’est et au nord par la province de Formosa.

Les peuples originels du Chaco s’établirent dans la région approximativement il y a six mille ans. Chaco est un mot Quechua qui signifie « terrain de chasse », ce qui était la ressource principale pour les tribus aborigènes habitant la région avant l’arrivée des espagnols. Aujourd’hui, le développement de Chaco est lié à l’exploitation des forêts de quebracho colorado et blanco, ainsi qu’à la production de coton, qui représente 60 % de la production nationale. L’agriculture a recours aux cultures de la zone de la Pampa : soja, sorgho, maïs. Sont aussi cultivés la canne à sucre au sud, le riz et le tabac.

Il faut savoir que le Chaco est la province la plus pauvre d’Argentine avec 47% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté (23,4% pour la moyenne nationale).

La raison de notre action dans le Chaco ne réside pas uniquement dans le fait que cette province soit la plus pauvre d’Argentine, mais aussi dans la lutte contre une maladie qui fait des ravages dans cette région. Cette maladie est le mal des chagas ou trypanosomiase américaine pour les spécialistes. C’est une maladie parasitaire qui sévit dans les régions tropicales d’Amérique du Sud et centrale. Elle est provoquée par la prolifération des vinchucas, sorte de punaises hématophages. Cet insecte a pour habitude de faire son nid dans le toit des maisons en chaume et torchis. En tombant, il pique ses habitants leur transmettant cette maladie. Les maisons seront donc construites en bois car l’insecte ne peut pas y vivre.

Statistiques :
- 20 million de personnes au moins serait touchés par cette maladie en Amérique latine
- 1.6 millions en Argentine soit 4.1% de la population.
- 20% de la population argentine court un risque de contamination.
- 50.000 personnes meurent chaque année de cette maladie (5.000 en Argentine).
- Plus de 57% de la population aborigène Chaquena souffre du mal des chagas.

Cette maladie touche principalement le cœur et les intestins. Elle provoque, dans la plupart des cas, une myocardiopathie avec insuffisance cardiaque très fréquente chez les enfants.

Lors de notre arrivée à Charata, en fin de matinée, nous découvrons un paysage de pampa (sec et plat), fait de terres agricoles. On se rend tout de suite compte que, en effet, la région n’est pas très développée.

A Charata, les organisateurs nous repartissent par groupe dans les différentes écoles de la région (non occupées car nous sommes en période de vacances scolaire). Ces écoles constitueront pour l’occasion, les bases de vie pour toute la durée de la mission. Nous sommes affectés au groupe « Libertad ». Le temps d’un briefing par les organisateurs et quelques heures plus tard nous accueillons, par des applaudissements, les volontaires chiliens venus en masse de l’autre coté de la cordillère des Andes pour aider leurs voisins argentins dans cette aventure. Nous avons à peine le temps de faire connaissance, de décharger le matériel et de faire le planning de la semaine qu’il est déjà 4 heures du matin… Nous prenons vite nos quartiers dans les salles de classes de l’école, nous jetons le duvet sur le tapis de sol et nous nous endormons sans perdre de temps. Dans une heure et demie, au lever du jour, nous partirons direction les champs voire les familles et mettre le premier coup de pioche…

5h30, le réveil est assez difficile… Pour nous lever les organisateurs poussent la musique fond et n’hésitent pas à tirer les duvets des plus récalcitrants. Mais au final la motivation est bien là : une heure plus tard, les 180 volontaires du groupe « Libertad », armés de pelles et de pioches montent dans les camions ou plutôt dans les bétaillères qui les amèneront jusqu’ à leur site de construction. Nous prenons des itinéraires différents… Kris part avec 3 chiliens, une argentine ainsi que Lucas. De son côté Jérôme embarque avec 4 chiliens et une argentine.

Lors de cette première journée de travail nous avons suivis les indications de constructeurs expérimentés pour poser les bases d’une maison de 6 mètres de long sur 3 mètres de large. Nous avons fait connaissance et déjeuné avec les familles. Nous avons pris conscience de leurs problèmes quotidiens et essayer de briser la glace avec eux afin d’installer le plus rapidement possible une relation de confiance. Nous avons essayé de les associer à chaque fois que nous avons pu dans le processus de construction.

Au cours de la matinée, nous avons creusé plusieurs trous à la force des poignets dans une terre plutôt aride afin d’y planter des piliers de soutènement. L’après midi aura été consacrée au nivellement des piliers et à la pose du sol après traitement à la cire. Le temps étant compté, il nous faut avancer vite et bien. Petit à petit chacun trouve son rôle et le partage des taches se fait tout naturellement. L’équipe évolue dans la bonne humeur et à la découverte de l’autre. C’est aussi l’occasion d’enrichir son vocabulaire en castellano : « passe moi le mètre, stp ! », « t’as bien vérifié la diagonale à 6m71 ? Parce que le niveau du pilier maitre me parait un peu haut, là » ou encore « t’as pas un clou de 5 ? …y’a trop de nœuds dans cette poutre… »

A la tombée de la nuit, nous rentrons épuisés (le manque de sommeil certainement), crasseux et entassés à 50 personnes par camions pour regagner le campement. Mais il régnait comme une atmosphère de fête… tout le long du trajet, on a chanté à tue tête et les coups de freins du camions provoquaient des mouvements de foules dignes des meilleurs pogos de concerts.

De retour au campement nous échangeons sur nos journées de travail respectives et faisons le point entre équipes avant de manger une bonne gamelle de pâte et un verre d’eau. On nous avait prévenus dès le début que la nourriture et l’eau seraient rationnées pendant toute la durée de la mission… Pas de douche non plus pendant dix jours, sans exception !! De toute façon, on mange avec plaisir et l’essentiel est ailleurs…

La deuxième journée commence comme la précédente : levé aux aurores, petit déjeuner avalé d’une traite et direction le chantier. Nous aurons passé notre journée à poser des murs en contre-plaqués, la charpente, la laine de verre pour l’isolation et enfin dernière étape : la pose du toit… sans oublier la peinture, la pose des fenêtres et de la porte d’entrée. Une fois la maison achevée, il est temps pour la famille de réceptionner le chantier. Une petite cérémonie est organisée… chansons, danses, partage du maté et beaucoup d’émotion.

Les autres journées sont les copies conformes des premières mais cette fois ci pour d’autres familles. Comme les premières, ce sont des familles d’agriculteurs avec leurs moyens (c’est-à-dire pas grand-chose)… une vie difficile avec beaucoup de travail et beaucoup de bouches à nourrir mais ces gens ont toujours le sourire et le cœur sur la main. Nous avons partagé leur repas et rien à voir avec la cantine des organisateurs qui par ailleurs ont fait un boulot remarquable. Si la deuxième maison a été livrée un peu en avance, nous n’avons pas chômé pour autant car il fallait donner un coup de main sur d’autres chantiers qui avaient pris du retard. Et pour ça, nous avons aussi pu compter sur l’aide de la famille. Du petit garçon de 8 ans jusqu’au grand père de 70 ans. Bref, de belles rencontres et un beau travail d’équipe…

BILAN

84 maisons ont été construites par le groupe « Libertad ». Elles apporteront aux familles de meilleures conditions de vie, un environnement salubre et nécessaire pour faire grandir ses enfants. Au delà de l’aide financière, logistique et matérielle apportée par l’association à toutes les familles de Chaco, la construction aura permis à des jeunes de tous âges et de toutes nationalités à partager une partie de leur vie et de leur histoire avec des personnes d’autres conditions et d’autres horizons, souvent abandonnées à leur sort . Nous retiendrons surtout ces moments riches en échanges. ATW ne s’arrêtera pas là et renouvellera cette expérience.

EPILOGUE

Le retour en bus à Buenos Aires se passe comme sur des roulettes. Beaucoup tentent de rattraper le sommeil perdu de ces 10 derniers jours, sinon pour les autres c’est la franche déconnade, genre colonie de vacances. Nous aurons du mal à fermer cette parenthèse HUMANITAIRE.

Enfin, pour conclure, la douche (chaude) qui nous attendait à Buenos Aires a tenue toute ces promesses. Mais n’oublions pas que c’est un luxe que certains ne peuvent pas se permettre.

9 Messages de forum

  • Un Techo para mi País - Chaco Le 7 septembre 2011 à 14:39 , par Keev

    Chouette moment de vie les boyz, comme il en faudrait plus !

    Bonne continuation

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 4 septembre 2011 à 16:24 , par maciej

    Dzien dobry,
    nous vous écrivons de Puget, ici il fait un temps exécrable, j’espère que ça roule pour toi, et que tu t’éclate. Profite à fond la vie est courte, je t’embrasse et j’essaierai d’être plus assidu.
    Maciej

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    • Un Techo para mi País - Chaco Le 7 septembre 2011 à 06:36 , par Kris

      Czesc,
      w podrozy wszystko dobrze, i jako ze 8 miesiecy juz poza domem to i ten czas przepelniony radoscia z przemieszczania sie po pd. Ameryce. mam nadzieje ze z rodzinka wszystko dobrze, calusy dla wszystkich.
      pozdrawiam
      Merci a mon ami polonais Robert pour la traduction ;-) Dzienkuje bardzo

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 28 août 2011 à 19:26 , par TOTO

    C’est beau. Merci pour les emotions partagees, j’ai les yeux humides.

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 25 août 2011 à 14:43 , par Anne-Emmanuelle

    Un grand bravo à vous deux ! Ce que vous faites est d’une générosité sans égal !
    Je suis vraiment soufflée par votre parcours et vos actions.
    Vous êtes vraiment des petits gars au top !!

    Je vous embrasse bien fort.
    Prenez soin de vous.

    Anne-Emmanuelle

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 24 août 2011 à 23:30 , par Lili LT

    un bel exemple de solidarité ! bravo ! et votre compte rendu montre beaucoup de conviction !
    On aurait bien aimé savoir comment se dit en quechua " passe-moi une vis de 6"".
    Lili LT

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    • Un Techo para mi País - Chaco Le 25 août 2011 à 21:15 , par Djé

      Hola Lili,
      malheureusement ma connaissance du quechua est très limitée. En revanche, en castellano on dit :
      " Che ! Dame un tornillo de seis ! " ...ça peut toujours servir... A votre disposition pour toute autre question...

      J’en profite pour remercier notre amie chilienne de l’association "un techo para mi pais" : Valentina Miranda pour son excellent travail de photographe. Elle a contribuer à la réalisation de cet album photo. Gracias Vale !

      A tous : un grand merci pour tous ces encouragements. Cette expérience va beaucoup nous servir par la suite.

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 24 août 2011 à 22:54 , par Chounette

    BRAVO

    Nous sommes évidemment très fiers de votre article (toujours de plus en plus top !!) mais aussi de cette mission humanitaire.
    On pense très fort à vous et espérons que vous allez continuer à nous surprendre !!
    Bisous

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  • Un Techo para mi País - Chaco Le 24 août 2011 à 09:17 , par Max El Patron

    Super article !

    Vous avez l’air d’avoir passé un excellent moment en compagnie des familles et des volontaires de l’association. Vous connaissez, donc, le vocabulaire pour construire dans tout le monde hispanophone. Il parait que Monsieur Bricolage ouvre un magasin en Equateur et recherche deux volontaires...euh, non deux vendeurs !

    Quand est le départ pour l’Australie ? Vous avez décidé de vous installer à buenos Aires ?

    Ciao tutti, y abrazos de francia !

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