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dimanche 11 décembre 2011, par
Préambule
De retour à Buenos Aires, comme à l’accoutumée et après un voyage en Patagonie haut en couleurs et riche en émotions, ATW décide de rester sagement à l’hôtel Lime House sans trop dépenser d’argent et sans trop se dépenser non plus… Malgré tout, les opportunités de sorties ne manquent pas… nous essayons donc de ne pas trop nous disperser et la semaine passe tranquillement jusqu’au week-end. Fort de son expérience en tant que volontaire avec l’association UTPMP (Un Techo Para Mi Pais) (voir par ailleurs l’article voyage en Argentine) Jérôme s’est inscrit sur le site internet de l’association pour participer à une nouvelle action humanitaire dans les quartiers pauvres de la capitale. Histoire de consolider son expérience de bénévole et de s’occuper les méninges. L’action de l’UTPMP se déroule un samedi et il n’y a rien de prévu au programme d’ATW. Donc il n’y a pas à hésiter.

La mission
Cette nouvelle mission est plus courte que celle que nous avons effectuée à Chaco (1 journée contre dix jours pour Chaco) et toute différente. Cette fois il ne s’agit pas d’aider à construire des logements mais de « détecter » les familles qui en ont besoin. D’où le nom de code de la mission : « detección de familias ». Ce genre de projet réuni bon nombre de jeunes volontaires argentins et a lieu pratiquement tous les weekends. La détection est une des pierres angulaires du programme du Techo.
Ci-dessous, les trois étapes essentielles de l’UTPMP :
La campagne de recrutement des volontaires. Forums, meetings et formations pédagogiques permettent aux nouveaux venus de se familiariser avec les objectifs de l’association. Le but : rassembler le plus de bénévoles possible et procéder aux inscriptions dans les programmes de détection et de construction.
Temps pré-requis : une demi-journée voire une journée complète.
La détection. C’est la mission qui m’attend ce jour-ci. Cibler un quartier défavorisé, s’y rendre et sonder ses habitants. Proposer l’aide du Techo. Sélectionner les familles aptes pour le programme de construction.
Temps pré-requis : compter une journée complète. Généralement en fin de semaine.
La construction. Cette phase consiste à bâtir un logement d’urgence en deux jours maximum. La logistique, le matériel, le gite et le couvert, les animations sont gérées par les organisateurs. Les équipes de travail sont composées de 5 à 6 personnes avec une sorte de contremaître qui supervise le chantier.
Temps pré-requis : tout dépend de l’ampleur du programme et du lieu de construction. Le plus souvent la construction se déroule sur 2 à 4 jours. Les plus grosses missions peuvent aller jusqu’à une dizaine de jours (comme se fut le cas à Chaco).
Entre ces trois phases, des contacts réguliers sont établis avec les familles notamment pour fixer les dates d’intervention et les préparer psychologiquement à leur changement de foyer. De plus, le Techo organise des journées spéciales afin de collecter des dons qui serviront à financer une partie du programme de construction.

Los Quinchos
Le samedi matin, à 7h30, j’ai donc rendez-vous à Constitucion (une des deux gares de trains de Buenos Aires). Le point de ralliement se situe dans le hall de la gare. Les volontaires sont faciles à reconnaitre, ils portent pour la plupart des tee-shirts ou des baudriers aux couleurs de l’association. Je fais donc connaissance avec mes nouveaux collègues du jour. Il y a parmi eux certaines vieilles connaissances de Chaco. Les autres sont assez surpris de voir débarquer un français. L’accueil est très chaleureux et on m’invite à partager un petit déjeuner argentin : biscuits et… maté, ça va de soit !
Nous ne mettons pas longtemps à nous activer. Une fois le groupe formé nous sautons dans un train de banlieue, direction : Florencio Varela - Los Quinchos, un quartier pauvre situé à quelques stations de trains de banlieue du centre-ville, en proche périphérie de Buenos aires. Temps de trajet : 45 minutes.
Le quartier ne ressemble pas à une « bicha » (nom donné aux favelas en Argentine et désignant les quartiers possédant une densité de logement très élevée lesquels sont disposés de manière désordonnée pour ne pas dire anarchique). Los Quinchos est plus à proprement parler un « Asentamiento », c’est-à-dire une zone d’habitation organisée en quadras (pâtés de maisons) avec des rues (même si celles-ci ne sont pas asphaltées). La densité est plus faible que dans une bicha, néanmoins le type de logement est similaire. Les habitations sont faites de briques, de tôles, de bois et dans la grande majorité avec des matériaux de récupération.

Bref beaucoup vivent sur une toute petite parcelle, dans une cabane parfois au milieu de détritus… Il n’y a pas de rues goudronnées non plus, quasiment aucun commerce et le quartier est très mal desservi par les transports en commun. Le seul équipement public du coin est une école primaire qui devrait d’ailleurs servir à loger les volontaires si il advient que se secteur est retenu pour construire dans le cadre du programme de l’UTPMP.

L’enquête terrain
Notre équipe, composée de 12 volontaires part donc « détecter » les familles de ce quartier vivant dans des conditions plus que précaires. Certaines sont au courant de notre venue, d’autres pas. Nous allons donc leur proposer l’aide du Techo. Nous partons chacun de notre côté et en binôme. Je suis avec Mina, une amie rencontrée à Chaco. Munis de questionnaires, nous frappons à pas mal de portes.
Le questionnaire de l’UTPMP fait un état des lieux général de la situation professionnelle, économique et sociale de l’ensemble des membres du foyer. Il recense notamment le nombre d’enfants à charge, la situation matrimoniale des membres de la famille, le montant des revenus (directs/indirects) perçus par chaque membre du foyer, les dettes et crédits éventuellement engagés. La situation médicale et sanitaire est également prise en compte. Enfin, un rapide diagnostic du logement est établi (état du sol, des murs, des portes, des fenêtres, du toit, etc.…).
Cette visite peut être une première prise de contact avec la famille. Dans certains cas c’est une contre-visite afin de confirmer l’intérêt de la famille et son investissement pour l’aide du Techo.

L’échange avec les familles se passe très bien, surtout que les enfants sont très curieux et réceptifs à notre présence. Mina est vraiment très a l’aise avec tout le monde. Elle arrive à briser la glace dès les premières secondes, ce qui est très important pour gagner la confiance de la famille et qu’elle nous ouvre sa porte. Malgré son jeune âge (la vingtaine), Mina a beaucoup d’expérience avec l’association. En ce qui me concerne, pour le premier entretien je laisse Mina faire et écoute attentivement. Lors du second entretien je participe à la discussion et pose quelques questions. Je fais aussi le croquis de la maison. Au final le formulaire est facile à comprendre et à remplir et les questions à poser sont assez simples.
Au total, nous avons questionné les membres de deux foyers (chaque entrevue dure environ ¾ d’heure, parfois plus). Entre temps, nous avons circulé dans le quartier, nous nous sommes arrêtés pour discuter avec ses habitants et pour jouer avec les gosses des rues, nombreux et toujours aussi curieux. Ensuite nous avons retrouvé les autres binômes pour faire un débriefing et livrer nos impressions sur les entretiens réalisés. A la suite de cet échange chaque binôme effectue une synthèse de chaque entretien réalisé. Le but est d’évaluer le degré de motivation de chaque famille, leur intérêt dans ce projet, le niveau de précarité mais aussi vérifier si celle-ci est solvable (comme à Chaco elle doit payer environ 10% de la somme totale du futur logement).
Dans le questionnaire un barème permet d’évaluer si la famille nécessite vraiment l’aide du Techo. En ce qui concerne notre binôme, nous avons rencontré deux familles vivant dans des conditions très précaires. La seconde famille faisait face à de gros problèmes de santé.

Pour exemple, une des familles vivait entassée à 7 personnes (dont 3 enfants en bas âge et un nouveau né) dans 10 mètres carrés tout au plus. Évidemment dans ces conditions il n’y a guère d’intimité (mari/épouse/enfants/grand-mère, tous sous le même toit). Il reste à peine de place pour mettre une petite étagère et un réchaud. Certains sont obligés de dormir à même le sol. Enfin le logement n’est pas du tout isolé et très venteux et les toilettes se trouvent… dehors.
Bilan/ Fin de la mission
Cette expérience est complémentaire à celle que j’ai pu réaliser avec Kris à Chaco (programme de construction). Elle m’a permis de mieux comprendre le mode opératoire de l’association, en amont. Il m’apparait que la grande force de l’association réside dans son mode d’organisation efficace et rapide. Entre le temps où a lieu la détection et la construction s’écoule un laps de temps assez court. Enfin, cette mission m’aura surtout permis d’observer dans quelles conditions vivent quotidiennement une partie des argentins et d’établir un contact direct avec eux.
La mission terminée, nous rentrons en train de banlieue et je reste à discuter avec Mina qui part en France la semaine suivante. J’essaye de la rassurer et de la conseiller pour son voyage dans ce pays qu’elle ne connait pas. Au passage je lui donne quelques contacts… parisiens. Nous avons d’excellents guides touristiques sur place pour faire visiter la capitale à nos amis argentins… N’est ce pas Kévin ? ;-) Bref, vous l’aurez compris le Techo c’est une histoire de solidarité mais aussi d’amitié.
ATW volontarios !
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